Ces déplacements sur place sont à haut risque, mais les Palestiniens, eux, ne peuvent pas partir. Tous mes comptes-rendus depuis Gaza se fondent sur des données, des preuves, et sur des rencontres avec des Palestiniens pour recueillir leurs témoignages. Tout ce que nous faisons s’inscrit dans le cadre du mandat de l’Unicef, qui est de donner la parole aux enfants les plus vulnérables et de défendre leurs droits. Tout est fait avec rigueur et objectivité, dans le seul but de partager les histoires de ceux qui, autrement, ne pourraient pas se faire entendre.
Le 9 avril dernier, une écolière a été tuée d’une balle alors qu’elle se trouvait en classe, sous une tente. Les enfants ne sont toujours pas en sécurité à Gaza ?
Non. Les drones survolent toujours la zone, et des enfants continuent d’être tués. Lors de notre dernier point en février, 138 enfants avaient péri depuis l’instauration du cessez-le-feu. Ils
... Show more...Ces dĂ©placements sur place sont Ă haut risque, mais les Palestiniens, eux, ne peuvent pas partir. Tous mes comptes-rendus depuis Gaza se fondent sur des donnĂ©es, des preuves, et sur des rencontres avec des Palestiniens pour recueillir leurs tĂ©moignages. Tout ce que nous faisons sâinscrit dans le cadre du mandat de lâUnicef, qui est de donner la parole aux enfants les plus vulnĂ©rables et de dĂ©fendre leurs droits. Tout est fait avec rigueur et objectivitĂ©, dans le seul but de partager les histoires de ceux qui, autrement, ne pourraient pas se faire entendre.
Le 9 avril dernier, une Ă©coliĂšre a Ă©tĂ© tuĂ©e dâune balle alors quâelle se trouvait en classe, sous une tente. Les enfants ne sont toujours pas en sĂ©curitĂ© Ă Gaza ?
Non. Les drones survolent toujours la zone, et des enfants continuent dâĂȘtre tuĂ©s. Lors de notre dernier point en fĂ©vrier, 138 enfants avaient pĂ©ri depuis lâinstauration du cessez-le-feu. Ils ne sont toujours pas Ă lâabri des bombardements aĂ©riens. Les Ă©lĂšves veulent dĂ©sespĂ©rĂ©ment aller Ă lâĂ©cole, car le taux dâanalphabĂ©tisme est trĂšs Ă©levĂ© Ă Gaza, et aucun dâeux ne peut partir. Leurs conditions de vie restent dĂ©sespĂ©rĂ©ment dangereuses, Ă cause de tout, des infestations de rongeurs Ă la malnutrition persistante. Il y a eu une grave dĂ©gradation de lâĂ©tat nutritionnel de tous les enfants de lâenclave pendant une longue pĂ©riode. Et pour les enfants dâ1 Ă 3 ans, les sĂ©quelles sont trĂšs longues Ă rĂ©parer et certains dommages sont irrĂ©parables.
Les priver de nourriture, de soins de santĂ©, dâ #eaupotable et dâinstallations sanitaires, câest sâattaquer Ă leur systĂšme immunitaire. Ils ont Ă©tĂ© privĂ©s des soins les plus Ă©lĂ©mentaires. Certains sont morts faute de soins de base, de traitements adĂ©quats, sans parler de ceux qui sont morts parce quâon leur a refusĂ© une Ă©vacuation mĂ©dicale aprĂšs quâils ont survĂ©cu Ă un bombardement.
Faut-il sâattendre Ă une explosion des cas de cancers dans lâenclave de Gaza ?
Plus de 90 % des hĂŽpitaux ont Ă©tĂ© endommagĂ©s ou dĂ©truits. Durant toute la guerre, il y a eu des pĂ©nuries mortelles de mĂ©dicaments et de matĂ©riel de diagnostic. Des enfants atteints de leucĂ©mie, qui recevaient tous les traitements dans des hĂŽpitaux de renommĂ©e mondiale, en ont soudainement Ă©tĂ© privĂ©s. Concernant les cancers, les diagnostics, les traitements, les chimiothĂ©rapies ont Ă©tĂ© largement inaccessibles. Alors quâil y a deux ans et demi, les services Ă©taient disponibles et tout le monde Ă©tait heureux dâen bĂ©nĂ©ficier. Les risques pour la santĂ© publique couvrent de nombreux domaines : la #surpopulation, la #pollution, la #malnutrition. Tout cela sâajoute Ă un systĂšme de #santĂ© dĂ©vastĂ©.
Quelles sont vos actions Ă Gaza ?
Nous sommes trĂšs actifs sur tout le territoire accessible aux Palestiniens. Des centaines de milliers dâenfants frĂ©quentent nos espaces dâapprentissage temporaires. Nous sommes donc en premiĂšre ligne en matiĂšre dâĂ©ducation. Nous rĂ©parons les canalisations, nous nous occupons de lâassainissement, de lâapprovisionnement dâeau par camion. Nous assurons le fonctionnement des usines de dessalement et du traitement des eaux usĂ©es. Nous fournissons Ă©galement du matĂ©riel aux hĂŽpitaux et tout ce qui est liĂ© Ă la protection de lâenfance. Rien de tout cela nâest suffisant, car chaque enfant Ă Gaza souffre dâun traumatisme particulier. Nous nâavions jamais vu ça auparavant, il faut donc faire plus.
Le #droitinternational est-il mort au Moyen-Orient ?
LâimpunitĂ© dont nous avons Ă©tĂ© tĂ©moins a mis Ă rude Ă©preuve le droit de la guerre, une Ă©preuve peut-ĂȘtre historique. Câest un avertissement particuliĂšrement alarmant, car le droit international humanitaire nâest pas un idĂ©al Ă atteindre. Il reprĂ©sente le strict minimum dâhumanitĂ© que la communautĂ© internationale sâest engagĂ©e Ă respecter, mĂȘme en temps de guerre. Il constitue un socle, non un plafond. Et ce phĂ©nomĂšne ne se limite pas au Moyen-Orient : au Soudan, aujourdâhui, le droit de la guerre est bafouĂ©.
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