@aseelsehwel@blog.gaza.onl vient de publier un nouveau texte dont voici sa traduction en français :
"Cette image m'a transpercé le cœur comme un éclat d'obus, mettant à nu toute ma naïveté. C'était un miroir impitoyable.
L'enfant sur la photo ne portait pas seulement sa petite sœur dans ses bras ; il y avait aussi ce sac noir accroché à son épaule tremblante, le sac où nous gardons nos papiers et nos cartes d'identité, la fragile preuve que nous avons jamais existé ici, que nous avions autrefois des noms et des visages, et que nous n'étions pas de simples numéros anonymes en attente d'être effacés.
Cet enfant savait déjà quelque chose que j’avais moi-même choisi d’oublier : la trahison se cache dans le silence des avions de combat avant leur rugissement. Il n’a jamais vidé son sac.
Quant à moi, après l’annonce d’un cessez-le-feu, j’ai confondu silence et sécurité. Avec un calme qui me semble aujourd’hui aveuglant, j’ai vidé mon sac d’urgence. J’ai rangé mes documents dans des tiroirs : ma carte d’identité, mes diplômes, tout ce qui prouve que j’existe, comme si le monde avait enfin décidé de se reposer, comme si le plafond au-dessus de moi avait cessé d’être une menace d’effondrement.
Mais ce silence n’était pas la sécurité. Ce n’était qu’une autre forme de négligence.
En quelques secondes, cet enfant m’a appris ce que des années de guerre n’avaient jamais pu m’enseigner : sur cette terre, vider son sac d’urgence ne signifie pas que la guerre est finie… cela signifie faire le premier pas vers une disparition sans laisser de traces.
Je vais maintenant le refermer, et je ne l’ouvrirai plus jamais.
Non pas parce que je me sens en sécurité… mais parce que j’ai appris, trop tard, que même la sécurité elle-même peut être la plus grande des illusions."
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#Gaza #Palestine #Poésie #Poetry
The image struck my chest like shrapnel, exposing the nakedness of my naivety.
The image struck my chest like shrapnel, exposing the nakedness of my naivety. It was a merciless mirror.
The child in the photo wasn't only carrying his little sister in his arms; there was also that black bag clinging to his trembling shoulder, the bag where we keep our papers and identity cards, the fragile proof that we existed here at all, that we once had names and faces, and were not merely anonymous numbers waiting to be erased.
That child already knew something I had allowed myself to forget: betrayal lives in the silence of warplanes before their roar. He never once emptied his bag.
As for me, after the announcement of a ceasefire, I mistook silence for safety. With a calmness that now feels like blindness, I emptied my emergency bag. I placed my documents in drawers my ID, my certificates, everything that proves I exist, as if the world had finally decided to rest, as if the ceiling above me had stopped being a potential collapse.
But that silence was never safety. It was only another form of negligence.
In a matter of seconds, that child taught me what years of war never could: in this land, emptying your emergency bag does not mean the war is over... it means taking the first step toward disappearing without a trace.
I will zip it shut again now, and I will not open it again. Not because I feel safe... but because I have learned, too late, that even safety itself can be the greatest illusion.