"L'objectif est d'effacer notre identité" : au Sud-Liban, le patrimoine part en fumée
Églises, mosquées, sites archéologiques : dans sa campagne de démolition massive menée au Sud-Liban, l'armée israélienne est accusée de détruire également le patrimoine culturel et religieux. C'est ce que documente l'ONG Green Southerners qui dénonce une atteinte au lien historique entre les habitants et leur terre.
Depuis le cessez-le-feu du 19 avril, l'armée israélienne a instauré une "zone de défense avancée" dans le Sud-Liban, où elle a l'intention d'établir une "zone tampon".
Dans cette zone regroupant 55 villages, désormais interdite d'accès aux civils, l'armée israélienne poursuit des démolitions massives. Des bâtiments sont rasés à la tractopelle, d'autres démolis à l'explosif, parfois des villages entiers. Les autorités israéliennes ont assuré qu'elles ne s'en prenaient pas délibérément aux lieux de culte, mais qu'elles cherchaient uniquement à neutraliser les infrastructures du Hezbollah dans le Sud-Liban, ainsi que l'a assuré le porte-parole de l'armée israélienne Avichay Adraee dans une publication sur X, le 2 mai.
Mais pour l'ONG libanaise Green Southerners, qui consigne, images à l'appui, ces destructions sur ses comptes Facebook et X, des dizaines de lieux de culte, de sites historiques et relevant du patrimoine culturel ont été détruits.
Couvent des Sœurs du Saint-Sauveur entièrement rasé
Ainsi du couvent et de l'école des Sœurs du Saint-Sauveur, dans le village de Yaroun, intégralement rasés à la pelleteuse le 1er mai, comme le prouvent des images qui répondent aux démentis de l'armée israélienne.
Publication de L’ONG Green Southerners qui documente, images à l’appui, la destruction le 1er mai du bâtiment abritant le couvent et l’école des Sœurs du Saint-Sauveur dans le village de Yaroun, dans le Sud-Liban.
Hicham Younès, responsable de l'ONG Green Southerners, explique :
"Nous avons été informés de l'opération le jour même, grâce à une documentation visuelle sur le terrain, fournie par des témoins oculaires qui ont pu observer directement les destructions."
L'armée israélienne a admis avoir "endommagé" un bâtiment dans ce complexe, assurant cependant que ce dernier "ne présentait aucune caractéristique indiquant qu'il s'agissait d'un bâtiment religieux".
Ces justifications peinent à convaincre Hicham Younès.
"Les forces israéliennes ont occupé cette zone pendant de longues années avant la libération de 2000 (Israël s'était retirée du Sud-Liban après 15 ans d'occupation, NDLR) et elles connaissent donc la nature de ces bâtiments et leurs emplacements.
De même, l'affirmation selon laquelle les forces d'occupation avaient le souci d'éviter de viser les bâtiments à caractère religieux ou patrimonial ne correspond pas, à mon sens, aux réalités du terrain documentées dans un grand nombre de villages frontaliers, dont la localité de Yaroun elle-même."
Située à moins de 400 mètres du couvent des Sœurs du Saint-Sauveur, l'église historique du village, l'église Saint-George, datant du XIXe siècle, avait été gravement endommagée dans des frappes israéliennes en octobre 2023, puis à l'automne 2024. Dans ce village mixte, où cohabitent des communautés musulmane chiite et chrétienne, la mosquée de l'imam Ali, la principale du village, datant elle aussi du XIXe siècle, avait été elle détruite à l'explosif, alors que l'armée israélienne menait une offensive terrestre dans la région du sud en octobre 2024.
Ces destructions sont visibles sur des images avant-après publiées par #GreenSoutherners.
Hicham Younès reprend :
"De nombreux bâtiments et quartiers qui avaient échappé aux bombardements intensifs depuis octobre 2023 ont ensuite été soumis à des opérations de nivellement, de minage et de destruction systématique après l'entrée des forces israéliennes dans ces zones pendant la guerre en cours."
Un sanctuaire millénaire rayé de la carte
Hicham Younès déplore aussi la démolition du sanctuaire de Shamoun al-Safa, l'un des sites religieux et historiques les plus remarquables du Sud-Liban. Situé dans dans le village de Chamaa, dans le district de Tyr, ce sanctuaire islamique chiite, qui comprend aussi une mosquée, abriterait la tombe de Saint-Pierre, selon la tradition locale. Le sanctuaire aurait été construit en 1097.
Le site a été une première fois gravement endommagé pendant une offensive terrestre israélienne, en novembre 2024. Les forces israéliennes avaient alors placé des charges explosives à l'intérieur de la citadelle, avant de se retirer et de les faire détonner. Elles avaient assuré avoir visé des infrastructures du Hezbollah. Un château médiéval voisin, vieux de 900 ans, aurait été détruit en même temps.
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