Eldruna, Shunned at a Funeral, Ravnir et tous les autres : quand l’IA fabrique vos artistes préférés
Une découverte fortuite… ou programmée ?
En naviguant sur YouTube et Deezer, trois noms sont apparus presque simultanément dans mes recommandations :
Eldruna (univers viking épique et cinématique),
Shunned at a Funeral (rock narratif chrétien, ambiance Midwest 80s),
et Ravnir (autre projet viking cinématique lié aux deux premiers).
La musique est efficace, les clips particulièrement léchés, les voix exactement dans ce que j’aime. Et pourtant, ces « artistes » n’ont rien de classique. Pour certains de ces artistes, le caractère IA des vidéos se repère de suite (Eldruna, Ravnir), pour d'autres, la détection de l'IA n'est pas évidente, et il faut plus de temps (Shunned at a Funeral, qui nécessitera un article dédié à venir)
Des artistes… sans scène, sans corps, sans tournée
– Eldruna est souvent présenté comme un “AI Viking band” : musique, visuels et persona largement générés ou assistés par IA. Aucune trace de concerts, d’interviews, de tournée.
– Sur Deezer, l’album Mørke et l’album Ulvens Pagt sortent à un mois d’intervalle (4 février et 1er mars 2026). Un vrai groupe humain ne peut pas enchaîner composition, enregistrement, mixage et sortie d’albums complets à ce rythme.
– Les crédits d’Ulvens Pagt font apparaître deux noms : Tilda Skadi (compositrice) et Michael Fuchs (co-crédité), qui renvoie à Founder & CEO @ Fuchs Media GmbH.
L'auteur | Soutenir n816 Media |
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Mais qui donc se cache derrière Eldruna, Ravnir & co ?
En recoupant l'ensemble des indices publics disponibles Ă ce jour :
– Eldruna, Ravnir, Domsgard, Skjøldar et d’autres « artistes vikings » sont tous rattachés au même écosystème :
– un curateur de playlists Spotify, IntraLabs | Argon,
– un label / marque nommé Nordwald,
– une structure juridique : Fuchs Media GmbH.
– Dans les mentions légales, on lit par exemple : « All rights are managed by Nordwald under Fuchs Media GmbH ».
– Les crédits Deezer des titres de Domsgard attribuent massivement composition et écriture à Michael Fuchs.
– Ni Nordwald ni Fuchs Media GmbH n’ont de site web public identifiable comme label musical. On tombe surtout sur des fiches administratives, et sur un univers de merchandising (Domsgard vend même un mug à son nom…).
Autrement dit : Eldruna ou Ravnir ne sont pas des groupes, ce ne sont des marques musicales industrielles, rien de plus, sans vitrine artistique ni existence scénique.
Shunned at a Funeral : cas un peu différent
Shunned at a Funeral se présente comme un « omniproject » chrétien neo-rock/metal, avec un directeur musical humain (anonyme) et des membres identifiés. Le projet revendique l’usage d’outils modernes (dont l’IA), mais s’ancre davantage dans une démarche d’auteur-compositeur, même si la communication reste très contrôlée.
Plus globalement, un modèle où l’argent des abonnés reste captif
Ce qui est le plus troublant, c’est que tout cela est parfaitement légal :
– Les plateformes fonctionnent sur un modèle pro‑rata : la cagnotte des abonnements est redistribuée en fonction de la part d’écoutes de chaque « artiste ».
– Quand des catalogues entiers de projets IA / industriels captent des millions d’écoutes, chaque euro qui va vers eux est un euro de moins pour des musiciens humains.
– Certains programmes internes (comme le « Perfect Fit Content » soupçonné chez Spotify) visent explicitement à remplir des playlists avec du contenu propriétaire ou très peu coûteux, pour limiter les royalties vers les labels et artistes externes.
Ici, nous ne sommes pas dans la fraude classique, mais dans un design économique : l’argent des abonnés reste dans la sphère plateformes + producteurs internes, pendant que la rémunération unitaire des artistes humains se dilue.
Ce que cela signifie pour nous, auditeurs
Quand vous cliquez sur « play » :
– Vous pensez écouter un artiste. En réalité, vous consommez souvent un produit algorithmique calibré.
– Vos recommandations ne reflètent pas seulement vos goûts, mais surtout un segment de marché auquel vous avez été assigné par les algorithmes.
– Votre abonnement ne soutient pas automatiquement des musiciens : une partie nourrit des catalogues IA et des structures opaques, sans scène, sans tournée, sans risque artistique.
Que faire ?
– Vérifier s’il existe : concerts, vidéos live non générées, interviews, biographie claire.
– Varier les sources : Bandcamp, recommandations humaines, scènes locales, plutôt que l’autoplay.
– Sur Deezer, jouer avec les réglages de Flow / Flow Tuner pour sortir des couloirs trop étroits.
– Et surtout : soutenir directement des artistes humains (concerts, merch, achats directs), car c’est là que votre argent leur parvient vraiment.
La musique reste réelle. L’émotion aussi.
Mais dans de plus en plus de cas, « l’artiste » n’existe peut‑être pas, ce n'est que le résultat d'algorithmes et d'IA calibrés pour une vente captive mais légale.
L'auteur | Soutenir n816 Media |
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Mehdi Khouli reshared this.