Partie 1 : Qwant, le moteur de recherche européen qui protège votre vie privée 🔒
Fondé en 2013 par Éric Léandri, Jean-Manuel Rozan et Patrick Constant (1), Qwant est l'un des rares moteurs de recherche à avoir développé sa propre infrastructure algorithmique depuis l'Europe. Basé en France et soumis au droit européen, il se distingue de ses concurrents américains par un engagement fondamental : ne pas tracer les utilisateurs, ne pas filtrer les résultats en fonction de leur profil, et ne pas revendre leurs données à des tiers (2, 3).
Une architecture pensée pour la neutralité et la confidentialité
Qwant obéit à deux principes cardinaux : l'absence de tracking et la neutralité des résultats (4). Concrètement, cela se traduit par :
- Aucun cookie tiers ni système de fingerprinting ou de pixel de suivi (3)
- Aucun historique de recherche conservé et associé à l'utilisateur (5)
- Anonymisation des requêtes, dissociées de l'adresse IP en conformité avec les préconisations de la CNIL (3)
- Résultats identiques pour tous : contrairement à Google, Qwant présente le même web à chaque internaute, sans personnalisation algorithmique fondée sur le profil comportemental (6)
- Publicité contextuelle uniquement, basée sur les mots-clés de la requête du moment, sans ciblage de l'individu (6)
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Cette architecture garantit une neutralité essentielle à la liberté d'information : l'utilisateur n'est pas le produit (7).
Un moteur aux fonctionnalités panoramiques
L'interface de Qwant se distingue par son approche "panoramique" : une seule page de résultats agrège des contenus web classiques, des actualités, des images, des vidéos, des résultats shopping et social, avec une barre latérale permettant d'affiner l'affichage (3). La recherche couvre ainsi simultanément plusieurs typologies de contenus, offrant une vision plus complète qu'un moteur traditionnel.
Qwant propose par ailleurs des déclinaisons adaptées : Qwant Lite, une version allégée et plus rapide pour les connexions limitées, et Qwant Junior, une version sécurisée adoptée par l'Éducation nationale française pour les 6-13 ans, qui filtre les contenus inadaptés et met en avant des ressources pédagogiques (4).
Une trajectoire de reconquête technologique
En juin 2023, Qwant est rachetée pour 14 millions d'euros par Synfonium, le groupe fondé par Octave et Miroslaw Klaba, créateurs d'OVHcloud, leader européen du cloud (8, 9). Cette reprise s'inscrit dans une vision plus large : construire un écosystème de "SaaS souverain" européen, baptisé Synfonium, qui regroupe cloud, moteur de recherche, visioconférence et applications collaboratives (9). En novembre 2025, Qwant et l'allemand Ecosia lancent une co-entreprise, European Search Perspective (EUSP), pour développer Staan, un index web entièrement construit en Europe (10).
Partie 2 : L'injonction du Parlement européen, un acte politique pour la souveraineté numérique 🏛️
Le basculement historique du 4 juin 2026
Le 4 juin 2026, le Parlement européen a officiellement remplacé Google par Qwant comme moteur de recherche par défaut sur tous ses ordinateurs internes (11). Un email interne, dont la teneur a été confirmée par Politico, a informé les eurodéputés et le personnel : désormais, toutes les recherches effectuées depuis la barre d'adresse des navigateurs Microsoft Edge et Mozilla Firefox seront acheminées via Qwant (12). Les utilisateurs conservent la faculté de modifier ce paramètre manuellement, mais le signal envoyé est sans équivoque (13).
Cette décision a été présentée par les services du Parlement comme relevant "de l'engagement du Parlement en faveur de la souveraineté numérique et de la protection des données personnelles des utilisateurs" (11). Qwant y est décrit comme "un moteur de recherche européen axé sur la protection de la vie privée, conçu pour éviter le traçage des utilisateurs ou la collecte de données personnelles" (12).
La souveraineté numérique, une ambition politique européenne
Ce changement ne constitue pas un geste isolé. Il s'inscrit dans une dynamique politique de fond. En 2025, une lettre transpartisane signée par 38 eurodéputés avait déjà appelé à une sortie progressive de Microsoft et des autres outils technologiques américains au sein des institutions européennes (13). Parallèlement, la Commission européenne a dévoilé un "paquet souveraineté technologique" visant à réduire la dépendance de l'UE vis-à-vis des fournisseurs non européens et à favoriser les alternatives continentales (12).
L'enjeu est stratégique : l'institution qui légifère sur la technologie numérique ne peut pas, sans contradiction manifeste, confier ses propres recherches à une entreprise américaine soumise à des législations extra-européennes. Comme le souligne le site EUalive, si le Parlement lui-même ne fait pas confiance à une entreprise américaine pour ses propres recherches, cela en dit long (13).
Les ingérences et le non-respect de la réglementation européenne 🚫
La décision de basculer vers Qwant est indissociable des tensions récurrentes entre les géants technologiques américains et le cadre réglementaire européen. Le Cloud Act américain, adopté sous Donald Trump, contraint les entreprises numériques américaines, telles que Google, Microsoft ou Meta, à transmettre aux autorités des États-Unis les données personnelles de leurs utilisateurs, y compris lorsque ces données sont stockées en dehors du territoire américain, sans que les personnes concernées en soient informées (14). Cette législation entre en contradiction frontale avec le RGPD (Règlement général sur la protection des données), qui garantit aux citoyens européens le contrôle de leurs données personnelles (15).
Google ne stockant ni ne traitant les données des recherches parlementaires en dehors de ses propres infrastructures, la dépendance institutionnelle à ce moteur représentait donc un risque réel d'ingérence et une vulnérabilité structurelle pour la confidentialité des travaux législatifs européens. En adoptant Qwant, basé en France et soumis exclusivement au droit de l'UE, le Parlement se prémunit contre ces risques d'extraterritorialité (16).
À noter que la CNIL elle-même avait, par le passé, rappelé Qwant à l'ordre sur la pseudonymisation de certaines données techniques transmises à Microsoft Bing, son fournisseur d'index partiel (17). La stratégie de reconquête d'un index propre, via EUSP et Staan, s'inscrit précisément dans la volonté de réduire cette dépendance résiduelle (10).
Partie 3 : Aller plus loin avec Lilo, la recherche solidaire dans l'écosystème Qwant 💧
Lilo, filiale de Qwant depuis mai 2025
Le 15 mai 2025, Qwant a annoncé l'acquisition de Lilo, son compatriote et concurrent français (18, 19). Fondé en 2015 par Marc Haussaire et Sophie Bodin, Lilo s'était imposé comme un "métamoteur solidaire" : à chaque recherche effectuée, l'utilisateur génère des revenus publicitaires dont 80 % sont reversés à des associations de son choix (20, 21). Avec ce rachat, Qwant est désormais l'unique actionnaire de Lilo (18).
Le montant exact de la transaction n'a pas été communiqué, mais le rapprochement s'inscrit dans la dynamique de consolidation portée par Synfonium (18). Sophie Bodin, CEO de Lilo, a déclaré : "Ce rapprochement est une opportunité majeure pour Lilo : il nous donne les moyens de faire grandir notre mission solidaire, tout en restant fidèle à nos valeurs, à notre fonctionnement, et à notre communauté." (18)
Des résultats de recherche désormais alimentés par la même technologie
Historiquement, Lilo s'appuyait sur l'index de Microsoft Bing pour alimenter ses résultats (22). Depuis novembre 2025, il intègre progressivement Staan, l'index co-développé par Qwant et Ecosia au sein de leur co-entreprise EUSP (10). Les résultats de Lilo convergent ainsi vers ceux de Qwant, les deux moteurs partageant désormais la même infrastructure technologique européenne, hébergée sur des serveurs basés en France, sans extraterritorialité américaine (10).
Cette convergence technique est doublement avantageuse : elle garantit une qualité de résultats équivalente à celle de Qwant, tout en offrant aux utilisateurs de Lilo le bénéfice d'un index construit hors de toute dépendance à Microsoft ou Google.
Le modèle Lilo : chercher utile, agir solidaire
Le modèle économique de Lilo repose sur la publicité contextuelle, comme celui de Qwant, mais sa redistribution est bien plus poussée. 80 % des bénéfices nets sont reversés chaque mois à des associations partenaires (23, 24). Depuis sa création, Lilo a ainsi orienté plus de 5 millions d'euros vers des centaines d'initiatives sociales et environnementales (18, 19).
Le mécanisme est simple et transparent :
- À chaque recherche effectuée, l'utilisateur collecte une "goutte d'eau", unité virtuelle représentant sa part des revenus publicitaires générés (23)
- Les gouttes accumulées peuvent être attribuées librement à des projets sélectionnés parmi quatre grandes catégories : environnement, social, éducation, santé (23, 24)
- Plus un projet reçoit de gouttes, plus il reçoit de financements réels (24)
- Le tout sans aucune dépense financière pour l'utilisateur : chercher sur Lilo, c'est donner sans rien débourser
À titre d'exemple, 500 gouttes correspondent à l'équivalent d'un repas distribué à une famille en difficulté (23). Des associations comme Médecins du Monde, la SPA, Sea Shepherd ou des structures locales de réinsertion ont ainsi bénéficié de financements significatifs grâce aux recherches quotidiennes de la communauté Lilo (25).
Lilo et l'empreinte écologique du numérique 🌱
Lilo va au-delà de la simple redistribution financière : il intègre la question de l'empreinte carbone du numérique dans son modèle (24). Le moteur reconnaît que ses serveurs émettent du CO2 et s'engage à compenser ces émissions en investissant dans des projets de réduction carbone et de reforestation (23). Plusieurs dizaines de milliers d'hectares ont ainsi été protégés grâce aux fonds générés par la communauté (24).
L'utilisation de serveurs localisés en France et la migration vers l'index Staan d'EUSP réduisent par ailleurs les flux de données transfrontaliers énergivores, diminuant mécaniquement l'empreinte environnementale des recherches (10).
Synfonium, EUSP, Qwant, Lilo, Ecosia : un écosystème européen cohérent
Le rachat de Lilo par Qwant s'inscrit dans une architecture stratégique plus large. La co-entreprise EUSP, fondée par Qwant et l'allemand Ecosia, vise à développer un index de recherche pleinement européen et indépendant (10, 18). En intégrant Lilo à cet ensemble, Synfonium constitue un écosystème de recherche tricolore et européen qui conjugue trois valeurs complémentaires :
- La souveraineté, avec un index développé en Europe, hébergé en France, hors de portée du Cloud Act américain
- Le respect de la vie privée, avec l'ADN historique de Qwant et de Lilo, tous deux RGPD-compliant
- L'engagement solidaire et éco-responsable, grâce au modèle Lilo qui transforme chaque recherche en acte citoyen
À l'heure où le Parlement européen vient d'adopter Qwant comme moteur de référence, le choix de Lilo s'impose comme une prolongation naturelle et engagée de cette démarche de souveraineté numérique. Choisir Lilo, c'est choisir Qwant, en y ajoutant une dimension solidaire et environnementale qu'aucune autre alternative comparable ne propose aujourd'hui en Europe.
Et après : les chatbots Qwant et Lilo, au delà du moteur de recherches... 🤖
L'étape suivante pour l'écosystème Qwant, et donc pour Lilo qui s'y adosse, passe par l'intégration de l'intelligence artificielle générative au cœur même de l'expérience de recherche (26). Qwant a lancé en 2026 Chat IA, un assistant conversationnel directement intégré aux résultats, pensé comme une extension naturelle de la recherche classique, et non comme un produit séparé (27, 28).
Chat IA propose des réponses synthétiques en langage naturel à partir des résultats web, tout en conservant les liens sources et en s'appuyant sur Staan, l'index souverain développé avec Ecosia au sein d'EUSP (27, 28). Fidèle à la philosophie historique de Qwant, le service est accessible gratuitement, sans inscription, et fonctionne sans profilage ni exploitation commerciale des données personnelles (27).
Sur le plan fonctionnel, Chat IA enrichit les "dix liens bleus" au lieu de les remplacer, en permettant d'engager un dialogue continu avec le moteur, de préciser une question, de demander des exemples ou des contre-exemples, voire de reformuler une requête dans un langage plus simple (28). L'enjeu n'est plus seulement de "trouver des pages", mais d'explorer un sujet en conservant le fil de la conversation, dans un cadre européen, transparent et auditable.
Pour Lilo, qui utilise désormais l'index et les briques technologiques de Qwant, cette évolution ouvre une perspective évidente : bénéficier, à terme, du même socle conversationnel, tout en conservant son modèle solidaire et éco-responsable (10, 18, 29). On peut imaginer, par exemple, un usage où les réponses du chatbot mettent en avant l'impact des projets soutenus par les gouttes d'eau, ou proposent des contenus pédagogiques sur les enjeux climatiques et sociaux, en cohérence avec l'ADN de Lilo (23, 24, 30).
Dans cette configuration, Qwant apporte la couche d'IA souveraine, structurée autour de Staan et de partenaires européens comme Mistral AI, tandis que Lilo ajoute une dimension d'orientation citoyenne des usages, où chaque interaction avec le chatbot pourrait renforcer le financement de projets d'intérêt général (27, 28, 30). L'enjeu, pour Synfonium, est de faire des chatbots Qwant et Lilo non pas de simples gadgets d'interface, mais de véritables interfaces civiques de la souveraineté numérique européenne.
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Références
(1) Planète Grandes Écoles : planetegrandesecoles.com/qwant…
(2) Kaizen Agency : kaizen-agency.fr/qwant-pour-le…
(3) Kaizen Agency, ibid.
(4) RDRI / Académie de Lyon : http://rdri.edu.ac-lyon.fr/
(5) Blog du Modérateur : blogdumoderateur.com/qwant-mot…
(6) François Charron : https://francoischarron.com/
(7) Blog du Modérateur, ibid.
(8) Sophianet : sophianet.com/article/moteur-r…
(9) Blog Économie Numérique : blog.economie-numerique.net/20…
(10) Blog Lilo, Lilo en 2026, cap sur l'indépendance : blog.lilo.org/articles/lilo-en…
(11) Reuters : reuters.com/business/eu-parlia…
(12) Slashdot : https://tech.slashdot.org/story/26/06/02/1840204/
(13) EUalive : eualive.net/european-parliamen…
(14) Données RGPD : donnees-rgpd.fr/donnees-person…
(15) Sénat français : senat.fr/rap/l24-444/l24-444_m…
(16) Facebook / LaVeille2Gerald : facebook.com/LaVeille2Gerald/p…
(17) CNIL : cnil.fr/fr/qwant-cnil-traiteme…
(18) Longchamp Partners : longchamp-partners.fr/le-moteu…
(19) Archimag : archimag.com/numerique-respons…
(20) Next.ink : next.ink/brief-article/qwant-r…
(21) Presse-citron : presse-citron.net/qwant-rachet…
(22) France Lyme : francelyme.fr/site/lilo-le-mot…
(23) La Bonne Cause : labonnecause.fr/guide-du-don/d…
(24) Ninisbeauty : ninisbeauty.fr/lilo-moteur-rec…
(25) RTES : rtes.fr/liloorg-un-moteur-de-r…
(26) Cafétech : cafetech.fr/2025/11/07/rachete…
(27) BetterWeb Qwant : betterweb.qwant.com/2026/01/13…
(28) Comment Ça Marche : commentcamarche.net/applis-sit…
(29) Google Play, Lilo : play.google.com/store/apps/det…
(30) Mastercaweb Unistra : mastercaweb.unistra.fr/actuali…
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Mehdi Khouli
in reply to n816 Media • •Retrouvez l'pisode du podcast "Monde Numérique" de Jérôme Colombain sur le sujet. Retrouvez le sur Deezer ou toutes les autres plateformes.
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